
Un documentaire de Josselin Carré sur Médéric Collignon ...

’L’enfant terrible’, voilà comment on nomme Médéric Collignon et ’dérapages burlesques du chant ou grondements inquiétants’ voilà ce qui se dit de ses prestations.
Le parcours de Médéric est à l’image de son talent immense, dense ... boulimique ! On a le tournis en énumérant les formations, les expériences, les projets, les compositions… auxquels il a participé. Ce musicien à l’imagination débordante est passé par quasiment tous les styles possibles depuis le début de sa carrière : Salsa, Bal, Jazz 60’-70’, Funk, Trash, New Orleans, R’n’B, Jazz contemporain, Jazz moderne, Ethno-Funk, Électronique… Alors comment présenter ce musicien "extra" ordinaire ?
Ce qui impressionne d’abord chez lui c’est son énergie … une masse d’énergie qui semble être inépuisable. Il suffit de l’avoir vu en concert où d’avoir écouté un de ses albums pour le savoir.
Sur scène, il semble être partout : il décoche son cornet de poche pour envoyer très haut un phrasé tranchant, qu’il continue en vocalise pour soudain glisser un groove maîtrisé où sa voix accompagnée d’effets fait rouler une basse bien sentie et quand le rythme s’énerve ses doigts retombent alors sur un clavier korg avec des airs de voltigeur… Comme un maître marionnettiste, il manipule les instruments et les sons pour les pousser toujours plus loin. Médéric parle souvent de "montrécouter" sa musique, car il s’agit avant tout de "physique" : d’ondes, de collisions, de musiciens en action, de corps en mouvement… Et lorsque l’on s’approche un peu, on aperçoit les mécanismes qui régissent cette impressionnante "machine" : un regard, une main tendue, de petits gestes d’ici et de là. Toujours à l’écoute des autres, Médo, en chef d’orchestre discret, dirige ses musiciens à la manière d’un Miles Davis.
Devant une telle maîtrise du jeu rythmique, de harmonique et de la direction, on a peu de peine à se rendre compte que Médéric est aussi un brillant compositeur. Il a (adapté et) réécrit avec talent "Porgy and Bess" pour son "Jus de Bocse", quartet survitaminé, en y apportant beaucoup de fraicheur et de liberté. Le résultat est désarmant, sorte d’opéra artificiel et multicolore, dense et puissant. Avec ce projet, Médéric a remporté le prix de la révélation Française de l’année (prix Frank Ténot) aux Victoires du Jazz 2007. Avec le même quartet, il sort un nouvel album "Shangri-Tunkashi-La" (autour de Bitches Brew) en février 2010 : un hommage aux années 1968-75 de Miles. Le groupe est récompensé en juillet 2010 par la Victoire du Jazz du meilleur Artiste ou Groupe de l’Année.
« La première époque "électrique" de Miles, croisement de tant d’énergies, d’audaces, de détermination, de grâce et de beauté pure, me donne instinctivement l’envie de la comprendre et de la jouer. » Médéric
Médéric emmène aussi une formation électrique, le "Septik", avec laquelle il revisite l’œuvre d’Ennio Morricone "Giu’ la testa" entre partitions arrangées et improvisations, avec un tempérament parfois punk-rock dans son projet "Il était une fois la Ré-solution"
Son énergie folle, Médéric la donne pour faire vivre sa musique… et l’on se met à rêver, nous aussi, qu’elle soit inépuisable.

Après le succès de leur premier album Porgy and bess (victoire du jazz 2007), Méderic Collignon et son "Jus de Bocse" s’attaquent à un autre monument du Jazz : Miles Davis et sa 1ère période électrique. Le groupe vient d’obtenir la Victoire du Jazz 2010.
« Pourquoi "Bitches Brew" et au-delà ?
La fin des années 60 se termine avec un goût paradoxal entre conflits d’intérêts et volonté de paix. Gouvernements et peuples se déchirent […]. La musique a toujours été miroir des sociétés, quelles qu’elles soient. Les années 68-75 de Miles Davis, car il s’agit bien de sa musique, sont également témoins des confluences entre le jazz, le rock, le classique, les sons venus de différents mondes culturels et l’évolution instrumentale.
J’ai voulu entreprendre une façon d’arranger et d’interpréter notre époque en injectant mes envies et mes désirs sortis tout droit de critiques personnelles : la deshumanisation, l’amnésie historique, le profit maladif... […]La musique et l’art (non polluants) permettent de demeurer en éveil et proposent des regards et des questions à ses contemporains.
La première époque "électrique" de Miles, croisement de tant d’énergies, d’audaces, de détermination, de grâce et de beauté pure, me donne instinctivement l’envie de la comprendre et de la jouer, sur scène comme en studio, pour la "montrécouter" au public.
Produire aujourd’hui cette manière de jouer la musique avec les outils actuels permet aux auditeurs de croire encore à la vie, à la danse, à l’air, aux vibrations, aux rires, aux larmes, à la sueur et au cri, en se laissant "être". »
Médéric COLLIGNON ?
« Il ne se passe pas de jour sans que cette discrimination ne me rende fou de rage, et comme je ne peux pas être constamment furieux, je me sers de ma musique pour vider ma rage (1971) »
Miles Davis
Line up : Médéric Collignon (cornet de poche, voix), Frank Woeste (Fender Rhodes), Philippe Gleizes (batterie), Fred Chiffoleau (contrebasse)
Explorateur au long-cours, Médéric Collignon aime revisiter ceux qui l’inspirent. Après Ennio Morricone et Miles Davis, c’est au tour de King Crimson de recevoir un traitement de faveur sorti de l’imagination déchaînée du cornettiste.
Légendaire, ce groupe a offert 30 ans de musiques les plus éclectiques, suspendues à un unique fil conducteur : l’énergie du rock.
La richesse de ce matériau initial est exploitée à merveille : des arrangements ciselés ravivent l’intensité incroyable de King Crimson. Ce projet est taillé pour la scène par l’orfèvre Collignon. Il habite chaque morceau et le jus De Bocse exulte. Les deux quatuors à cordes parachèvent le mélange des genres.
Quand il aime, Collignon s’amuse. Il dit même qu’il s’« amusique ».
Il nous avait pourtant prévenu : « Mon arrangement se nourrira des mesures impaires, des décalages et des riffs, en conservant tout le poids du rock, toutes les suspensions de l’improvisation, toutes les richesses des timbres. »
On aurait du s’attendre à un spectacle inouï. N’empêche qu’on reste coi, vaste sourires aux lèvres et oreilles exaltées.
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